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Le Premier Sexe : que nous dit l’ennemi ? (1/2)

In Essais et littérature on septembre 12, 2011 at 2:14  

Je n’ai plus de doute. Eric Zemmour est bien misogyne, machiste et homophobe. Champion de l’essentialisme, il rend la féminisation de la société  responsable de tous les maux. Dans la première moitié de l’ouvrage, dont cet article fait état, il tape sur les pédés et les féministes, selon lui sournoisement alliés pour anéantir le modèle de l’homme viril. 

Déjà, le livre de Zemmour nous livre le fantasme de l’homme que le petit Zemmour aurait voulu être. Plume à la main, il se rêve parangon de virilité, homme à la carrure solide, à l’aura irrésistible de séduction, à la puissance du lion.  Pas de chance. Il a fini petit, courbé, malingre et anguleux, et il n’est pas connu pour collectionner les femmes. Je dirais même que de son sourire, loin du charme ravageur d’un don Juan mystérieux,  émane une gentillesse presque timide.

Je n’aime pas particulièrement Zemmour. Mais son sens de la provocation, sa fierté impertinente parfois incarnée dans des discours dépourvus de rigueur, m’amusent énormément et je suis la première à écarquiller les yeux quand on lui donne la parole sur les plateaux télé.

J’apprécie, sans la respecter, son insolence, à la manière dont j’apprécie, sans les respecter, les séries mettant en scène des femmes au foyer aux réparties désopilantes. Je ris de constater comment ce petit homme est fier de se revendiquer anticonformiste, « à contre courant », quand le courant va dans le sens de l’anticonformisme, bientôt devenu aussi banal et ennuyeux que son autre versant, la bien pensance.

Car être anti conformiste par conviction et l’être par esprit de contradiction, ce n’est pas la même chose. L’anti conformiste par conviction fournit un argumentaire sérieux et déstabilise, souvent pour subvertir l’ordre établi et aller dans le sens d’un progrès. l’anti conformiste sale gosse amuse puis lasse, d’autant qu’Eric Zemmour ne propose rien de nouveau. Il provoque mais c’est souvent pour affirmer sa veine nostalgique et ses aspirations réactionnaires.

A tel point que j’ai souvent du mal à croire à la sincérité de ses paroles, encore moins en celle de ses écrits. Je n’arrive pas réellement à prendre en compte son jusque-boutisme provocateur, à prendre au sérieux ses analyses misogynes et essentialistes à l’extrême.

A ce titre, j’ai lu Le Premier sexe (déjà, que faire de ce titre?), avec un mélange d’agacement et de cynisme. Ça se veut essai, mais je ne compte que 14 notes de bas de page, sur 117 pages au total. Ses analyses vaseuses ne sont jamais étayées par les études d’organismes officiels (hormis quelques rares exceptions). L’écriture confine au lyrisme à certains moments, loin de la sobriété et de la neutralité qu’appelle la tâche de l’essayiste un tant soit peu sérieux. Mais pour une raison très simple : Dès le début, Eric Zemmour assume son parti pris : « je suis machiste et misogyne, et je vais vous réexpliquer le monde en fonction de ma propre grille de lecture, machiste et misogyne ». Mais comment voulez-vous que l’on se penche sérieusement sur les thèses avancées par ce monsieur devant si peu de subtilité ? C’est comme dire : « je vous propose ma vision des choses dont vous savez d’emblée qu’elle est fausse car biaisée par ma haine des femmes ». Et Zemmour de revendiquer sa mauvaise foi en ne citant que des hommes réputés pour leur misogynie : Sacha Guitry ou Jean Jacques Rousseau.

Quand les pédés font la loi

Après divers exemples démontrant la contamination « féminine » de la jeune génération, EZ développe la question des corps de mannequins dans l’univers de la mode, dont il observe qu’ils évoluent vers des corps de garçons (maigreur, pas de formes), et remarque ces corps sans féminité sont désirés par les hommes « puissants » qui souhaitent prouver leur réussite social, tandis que la femme ronde est réservé à l’homme de la rue. Mais selon lui, ce désir est construit, imposé par des créateurs  homosexuels qui font l’univers de la mode, et au-delà, façonne le désir masculin.

De là, EZ constate que le modèle à suivre est devenu l’homosexuel, plus raffiné que le beauf hétérosexuel, et auquel les hommes doivent s’efforcer de ressembler pour plaire aux femmes. EZ s’insurge : « Des homosexuels qui apprennent  à un homme à aimer une femme ! ».

Plus loin dans l’ouvrage, Zemmour nous livre une hypothèse magistrale sur le désir homosexuel, étayée par la lecture de Vérité romanesque et désir romantique de René Girard venant contredire les théories freudiennes du refoulement homosexuel. Citons le passage, car il est d’anthologie : « Avec une grande finesse, Girard retourne l’argument : et si nombre d’homosexuels n’étaient pas victimes d’une erreur de perspective en confondant leur désir mimétique pour le fameux tiers avec un désir homosexuel du même ? Paul ne désire pas Pierre, mais il désire Valérie en Pierre. Nuance ». Ce passage est révélateur de l’incompréhension totale et désemparée de monsieur Zemmour face à l’homosexualité, incompréhension qu’il cherche à rassurer en ayant recours à des analyses tordues faisant toujours intervenir le désir hétérosexuel, le seul désir possible, puisque le seul à répondre à la définition Zemmourienne du désir : attraction basée sur l’altérité.

Le féminisme, ce monstrueux totalitarisme castrateur

Pour EZ, le féminisme n’est rien d’autre qu’un totalitarisme désireux de détruire l’héritage judéo-chrétien pour satisfaire sa vision du monde. Il prend comme exemple les campagnes contre la prostitution dans lesquelles le client passe soit pour un sentimental en quête d’amour, soit pour un macho nostalgique de la domination masculine qui viendrait retrouver son sentiment de puissance en soumettant sexuellement une femme payée pour ça. Et il s’insurge le petit Zemmour, il s’insurge ! Non le client n’est pas ce primitif caricaturé par l’ignoble féminisme, ni cette lavette en quête de sentiment ! Il est simplement un être ayant besoin d’ « assouvir un besoin sexuel »…

De la même façon, à ses yeux, l’amour est un concept totalitaire inventé par les femmes pour fixer le désir de l’homme sur une seule femme et non plusieurs, et qui s’incarne dans le mariage, la lutte contre la prostitution, l’éducation et la mixité généralisée. La société actuelle se caractérise par l’omniprésence de l’amour, et la platitude du désir, et ceci simplement parce que d’après Zemmour, désir et amour se contredisent. Il s’appuie pour cela sur les analyses d’un écrivain admirable certes, mais qu’on connaît davantage pour ses romans et ses désarrois amoureux que pour l’éclat de ses pensées philosophiques: Stendhal. Ainsi, étayant toute son analyse sur les réflexions amères d’un amoureux déçu, EZ écrit : « plus on aime, plus on a du mal à faire l’amour. Plus on adule, plus on respecte, moins on bande ». Puis EZ de citer Freud qui associe l’amour à la mère, donc contradictoire avec le désir, ce qui expliquerait la sexualité en berne des couples après leur premier enfant. Au moins, au temps des cerises, c’est-à-dire au temps de la société patriarcale tant regrettée par l’auteur, la dichotomie était claire, l’ordre était établi : l’épouse pour le statut social, la maîtresse pour le sexe. Pas d’emmerdements !

Pour Zemmour ce totalitarisme tue le désir… Le problème de cet « essayiste », c’est qu’il cantonne le désir masculin à des comportements graveleux de convoitise sexuelle. Or, je crois pouvoir affirmer que ce ne sont pas les seules manifestations du désir. Monsieur Zemmour, tendez bien vos petites oreilles velues, je vais vous donner un tuyau (au sens figuré à défaut de pouvoir vous le donner au sens propre), qui vous permettra peut-être de mettre quelques femmes dans votre lit : il est possible de séduire en restant subtil, il est possible de désirer sans oppresser. Ce n’est pas le désir masculin que le féminisme veut tuer, ce sont les nuisances qu’il peut provoquer chez les femmes quand il a la finesse d’un yéti en rut.

En outre, en cette époque où les femmes revendiquent l’égalité, elles affichent paradoxalement des tenues affriolantes qu’EZ explique aisément : regrettant sans doute le temps où leur homme, confiant car dominant, pouvait bander librement, elles essayent de réveiller le désir des pauvres mâles apeurés. Cette analyse est en opposition totale avec celle de Duncan Kennedy. Pour EZ, dans une société matriarcale, les femmes s’exhibent pour rassurer des hommes en mal de virilité. Pour DK, dans une société patriarcale, l’habillement sexy est comparable à un acte de résistance vis-à-vis du patriarcat, puisqu’il signale à la fois sexualité et autonomie.


Port du voile et laïcité: the seven year itch

In Actu'elles, Essais et littérature on août 18, 2011 at 1:24  

La loi portant sur l’interdiction des signes ostensibles de religion dans les milieux publiques a été votée en 2004. Sept ans plus tard, après la parution de plusieurs ouvrages et notamment de celui qui donne la parole aux femmes voilées, qu’on avait à l’époque réduites au silence, grattons là où ça démange.

Le point de vue d’une féministe laïque

Dans La tentation obscurantiste, l’essayiste Caroline Fourest aborde la question dans le chapitre Un islamisme à peine voilé, qui prend à contre pied un documentaire prenant le parti des pro voiles intitulés Un racisme à peine voilé (réalisé par Jérome HOST EN 2004).Dans ce chapitre, il est question de montrer comment la loi interdisant les signes religieux au sein de l’école publique a encore contribué à souligner les divergences au sein de la gauche concernant la perception du danger intégriste. En 2002, la gauche anti totalitaire, féministe et laïque voulait réaffirmer l’importance de la laïcité tandis que la gauche anti raciste et tiers mondiste a perçu cette loi comme une mesure de droite, sécuritaire, et désignant les musulmans comme des « boucs émissaires ». La méthode législative a été critiquée: certain(e)s pensaient qu’interdire les signes religieux n’étaient pas le meilleur moyen de freiner le port du voile et  auraient préféré autoriser le voile à l’école dans l’idée que le port du voile relève du choix des jeunes filles, et que ces dernières auraient pu décider de le quitter après s’être éduquées. CF explique que le dialogue s’est révélé stérile dans le sens où les militants anti-racistes ont suspecté les anti intégristes d’islamophobie faisant le jeu de la politique sécuritaire de Sarkozy.

CF reconnaît que parmi les partisans de la loi, il y avait des racistes, mais elle dénonce la caricature dans le fait de dire qu’ils l’étaient tous. CF accuse les militants anti-loi de complaisance à l’égard des propos réactionnaires de leurs alliés, à l’instar des propos de Daniel Cohn- Bendit saluant les soeurs Lévy dont CF souligne qu’elles se sont "bricolée" une religion à partir des cassettes d’Hani et de Tariq Ramadan plutôt qu’elle ne l’ont vraiment étudiée à la source. CF précise que ce "bricolage" n’est par ailleurs pas à sous-estimer, ce que la gauche semble faire comme le suggère CF, car il est empreint d’une réelle idéologie, allant jusqu’à justifier la lapidation si elle relève d’un "choix".

Dans ce chapitre, CF revient également sur la naissance de l’association Une Ecole pour tous, issue d’assises organisées par les réseaux de Tariq Ramadan en marge de la manifestation pro-voile du 27 janvier 2004. Ce collectif au départ  destiné aux "responsables associatifs musulmans" a ensuite été rejoint par des associations progressistes et laïques.  Mais CF rappelle qu’Une Ecole pour tous compte parmi ses fondateurs plusieurs entités parmi lesquelles:  Jeunes musulmans de France, l’association des jeunes de l’UOIF, dont le maître à penser est Hassan Iquioussen, un prédicateur intégriste qui mentionne, parmi d’autres choses, la shoah comme le fruit d’un complot juif;  mais aussi des associations de Tariq Ramadan comme le Collectif des musulmans de France et Présence musulmane qui en assurent la gestion de la stratégie et de la communication.

Les conséquences de la loi dont on ne parle jamais

Source: CHOUDER Ismahane, LATRECHE Malika, TEVANIAN Pierre, Les filles voilées parlent, éditions La fabrique, 2008

Dans Les filles voilées parlent, une série de femmes, étudiantes, maman ou salariées, font part de leur expérience et de la manière dont la loi a changé leur vie.

Une précision avant d’aller plus avant dans les apports de cet ouvrage: Dans La tentation obscurantiste, Caroline Fourest mentionne Pierre Tevanian en des termes assez peu amicaux. Membre du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples), enseignant en philosophie, il s’est fait connaître du monde associatif par une série de livres sur le racisme républicain et la paranoïa sécuritaire. Il est accusé par CF de "traquer le moindre signe de la lepénisation des esprits" et de s’en prendre à l’association NPNS (Ni Putes Ni Soumises) ainsi qu’aux féministes laïques qu’il taxe d’islamophobes. Il a organisé une manifestation de soutien aux soeurs Lévy et a fondé une association (Les mots sont importants), une des premières alliée de celle de TR, Une Ecole pour tous.

A première vue, impossible de ne pas faire le rapprochement entre les témoignages des femmes voilées  et les points développés par Caroline Fourest dans Frère Tariq. Je les récapitule:

  • Premier point: le port du voile n’est pas une contrainte mais un acte de foi. CF montrait la réthorique de TR à l’oeuvre quand celui-ci disait que le voile n’était pas une contrainte mais une obligation, issu d’un acte de foi. La majorité des témoignages insistent en effet sur le fait que porter le voile est généralement le fruit du libre arbitre, et non celui de la pression familiale.
  • Deuxième point: il existe un fossé des générations. CF rappelait que la première génération celle de l’immigration, portait un voile traditionnel, tandis que la seconde avait abandonné la coutume. La troisième génération en revanche s’est remis à mettre le voile. Dans Les filles voilées parlent, les filles racontent que cette décision est même parfois prise en désaccord avec les parents qui ont du mal à la comprendre et pensent qu’il s’agit d’une passade.
  • Troisième point: la pudeur est une qualité de la femme musulmane. CF évoquait l’attachement de Tariq Ramadan à la notion de pudeur, qualité selon lui essentielle que doit posséder la bonne femme musulmane. Ce n’est pas ce qui revient de la manière la plus insistante, mais certains témoignages font quand même état du besoin qu’on certaines filles voilées de préserver leur corps du regard d’autrui.
  • Quatrième point: le hijab est porté pour suivre une croyance issue du coeur, qu’il faut respecter. CF analysait la méthode de TR consistant à vouloir faire parler les femmes, qui sont plus crédibles quand on aborde la question du voile que les hommes, tout en ayant l’air de jouer littéralement les souffleurs, suggérant à ces femmes des éléments de langages propres à être écoutés et entendus par les occidentaux. Parmi ces éléments de langage, figurent le fait qu’il s’agit d’une "exigence de la foi et un acte du coeur". Nombre de témoignages montrent effectivement que non seulement l’hijab est librement choisi, mais encore qu’il est parfois le résultat d’un long processus de maturation et même de réflexion et de recherches intellectuelles débouchant sur une sorte de "révélation". Beaucoup de femmes terminent leur texte en demandant au lecteur, et au delà de lui à la société française, de se montrer plus tolérante et plus respectueuse envers ce qui n’est qu’un bout de tissu, symbole d’une croyance personnelle.
  • Cinquième point: la femme est naturellement compétente dans le domaine de la solidarité, de l’éducation et la culture. CF dénonçait la tendance de TR de considérer une "nature" de la femme, qui la prédestinerait davantage à ces domaines. Un grand nombre des témoins sont très impliquées dans des activités associatives solidaires. 

Attention, je ne lie pas pour autant les propos de TR aux motivations de ces femmes. Ce serait revenir à dire que ces femmes sont totalement inféodées à TR, qu’elles ne disposent d’aucune autonomie intellectuelle et qu’elles sont instrumentalisées. D’abord, ce serait anti-féministe de croire à un pareil lavage de cerveau. Ensuite, il est difficile d’y croire quand on lit attentivement les témoignages: certains sont clairement la production de femmes intelligentes et cultivées, ayant été même jusqu’à lire la Bible, la Torah et le Coran avant de se laisser convaincre par une religion. Que certaines se soient laissées influencer, pourquoi pas. Que d’autres pratiquent un Coran approximatif, c’est fort possible. D’ailleurs parfois les témoignages sont assez légers quand il s’agit d’expliquer d’où vient exactement le commandement du Prophète. Mais que toutes les femmes qui portent le voile et qui disent qu’il s’agit d’un acte du coeur, d’une "révélation", soient des vassales du prédicateur Tariq Ramadan, voilà qui me paraît fort douteux. 

En outre, a aucun moment je n’ai perçu cette idée de la femme à la solde des hommes intégristes, dans une mission de dawa, de conversion dans l’éducation islamique. Car soyons clairs, CF suggère que TR attend des femmes qui soutiennent le discours du "libre choix, choix du coeur" qu’elles aident, mais aussi qu’elles "éduquent" leurs protégées dans une voie islamique. Or,  dans toutes les relations présentées dans le livre, les femmes semblent vouloir se faire le plus discrètes possible vis-à-vis de leur religion. L’idée n’est jamais d’imposer ses croyances à qui que ce soit et d’ailleurs, je crois bien que dans tous les témoignages, il est question de respecter le choix d’autrui et de le laisser tranquille dans son choix, tout comme les filles voilées aimeraient qu’on les laissent tranquilles dans les leurs.

Autre point qui m’a interpellé. A un moment, Caroline Fourest mentionne l’opinion des réformistes musulmans libéraux qui voudraient abandonner la coutume du voile sous prétexte qu’elle constitue "une forme de provocation voyante" et aussi et surtout un "handicap social" fragilisant les femmes qui le portent au XXIème siècle. Seulement, à la lecture des témoignages, on peut être amené à considérer que ce n’est pas un argument valable dans le sens ou le port du voile ne devient un handicap que dans la mesure où il est interprété et jugé par les autres membres de la société, qu’ils soient anti voile ou même carrément racistes. Le problème n’est alors pas le port du voile en lui-même, mais le regard que les français peuvent porter sur lui. Le fait d’interdire le voile ne résout à mon avis non seulement pas le problème de fond (le jugement et le racisme ambiant), mais on s’aperçoit en lisant ces femmes, qu’il ne ferait que convertir un mal être social en un mal être personnel et religieux. Car parmi elles, il y en a beaucoup qui insistent sur le fait qu’une fois qu’elles ont choisi de porter le voile, elles peuvent difficilement s’en passer, qu’il se met à devenir comme une seconde peau sans laquelle elles se sentiraient nues, et en désaccord avec leur Dieu. Or que leur mal être soit fondé ou pas, cela reste un mal être, et il ne me semble pas intéressant d’échanger un mal être (social) pour un autre (personnel et religieux).

Ces différentes prises de conscience durant la lecture m’ont conduite à considérer la loi de 2004 interdisant les signes ostensibles de religion comme une mauvaise loi. Non pas forcément dans son principe (je ne suis pas suffisamment au clair sur la définition de la laïcité pour en juger), mais dans les conséquences qu’elle a pu avoir sur la mentalité ambiante, et sur la vie de ses femmes, qui a parfois viré à un véritable enfer. On s’aperçoit en effet qu’elles ont été victimes d’un acharnement délirant, et même d’un comportement paranoïaque, à la fois dans le milieu scolaire et professionnel. Certains responsables en sont arrivés à interdire le voile sans conditions (alors qu’une période de négociation était prévue par la loi), mais aussi le foulard, le bandana et même le bandeau. Les moindres tentatives pour dissimuler un pan de chevelure était traquées et aussitôt sanctionnées, parfois avec une violence extrême. Les étudiantes de l’époque, tout comme les salariées voilées, ont connu des discriminations et des stigmatisations que personne, qu’il soit dans son droit ou non, n’a à subir. Les témoignages observent également une dégradation des mentalités après la loi, qui semble-t-il a eu pour effet pervers de décomplexer les véritables racistes qui ont fait l’amalgame entre loi visant la préservation de la laïcité et loi ciblant le port du voile.

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